le 12 septembre dès 18h

Les Bêtes | Solo Show

13 septembre au 3 octobre 2025

Vernissage le 12 septembre de 18h à 21h

Le Grain a le plaisir d’accueillir l’artiste Esteban Chanez avec l’exposition « Les Bêtes. »

« Le cerf vit mille ans. Le sanglier porte ses cornes dans sa bouche. Les papillons sont des fleurs qui volent. »
– Michel Pastoureau, Bestiaires du Moyen-Âge (1980)

Lorsqu’on se penche sur les bestiaires médiévaux, on remarque qu’ils ne sont pas des recueils d’histoire naturelle, mais des catalogues symboliques où le vrai et le faux s’entremêlent. Les animaux y sont décrits avec des anatomies improbables, des vertus spirituelles ou morales, et deviennent supports de récits religieux. Dans cette logique, le cerf, l’écureuil, la cigogne ou le dragon ne sont pas seulement des êtres vivants : ils sont des figures de croyances, des incarnations de vérités supérieures. À l’inverse de l’interrogation des savant·x·es de l’époque — comment produire un savoir au plus proche de la vérité sur les animaux ? — Esteban Chanez s’inscrit dans cette tradition imaginaire : ses œuvres prolongent la question médiévale en la retournant — pourquoi faire des bestiaires d’animaux qui n’existent pas ? — et déplacent le regard vers nos propres récits contemporains.

Dans son univers, des créatures côtoient des monstres ; des gargouilles s’acoquinent avec des êtres aquatiques ; des corps humains se métamorphosent en corps ailés ou en silhouettes chevalines. Des objets, par nature inanimés, prennent vie en laissant surgir des fragments de corps bestiaux. Ses chimères en céramique deviennent des instruments de musique qui s’expriment. Certaines pièces s’assemblent comme des modules — « étagères », « calices » ou formats encadrés — mêlant dessin, peinture, sculpture et installation. Dans cet univers, les personnages non-genrés s’embrassent dans des halos de couleurs et les dragons veillent. Ils auraient tous pu être entourés d’autres animaux mal-aimés : cochons, hyènes, insectes, souvent marginalisés comme peuvent l’être certains groupes humains.

Esteban crée des objets utilitaires qui matérialisent les légendes, croyances et représentations que l’on entretient sur les bêtes en tant que catégorie. La grolle savoyarde, par exemple, réapparaît comme une forme archaïque, dont le socle peut êtres recouvert de mousse naturelle. Cette mousse fait réémerger dans notre univers une partie du monde naturel dont la pièce est issue. Ailleurs, un dragon orange s’orne d’un robinet en laiton autrefois lié à un usage rituel. Certaines pièces prennent la forme de retables, d’anges agenouillés ou de vitraux stylisés ; elles témoignent d’un imaginaire religieux transposé et recomposé. On imagine l’artiste dans son atelier, parlant à ses créatures comme à des entités vivantes, animant un panthéon intime et hybride.

Son univers convoque des références à la culture populaire et au merveilleux : Le Labyrinthe de Pan ou Le Monde de Narnia, mais aussi les jeux de rôle comme Donjons & Dragons ou les mondes vidéoludiques tels Zelda. Comme dans ces univers fictionnels, l’artiste fait des animaux des interlocuteurs, inventant leur langage propre, comme s’ils avaient une civilisation parallèle à la nôtre. Ces mondes imaginaires rappellent l’enfance : celle où l’on joue, invente et rêve — une naïveté imaginaire que l’artiste cultive encore à l’âge adulte.

La musique occupe une place singulière dans son travail : ses pièces se font instruments, dotés d’un potentiel performatif, évoquant des univers audio-visuels proches de Björk ou Caroline Polachek, où se mêlent influences mythologiques et échos dionysiaques. La lumière et la scénographie jouent aussi ce rôle performatif : elles renforcent l’autonomie des pièces et dessinent des environnements immersifs, où les sculptures dialoguent entre elles comme des entités réunies autour d’un rituel.

L’ensemble de l’œuvre témoigne d’un engagement subtil. Représenter l’animal, lui donner une place centrale, c’est déjà revendiquer son importance et sa dignité. Esteban déjoue les codes de la chasse, d’une certaine masculinité, des hiérarchies et des classifications : il préfère inventer des représentations non conventionnelles qui brouillent les frontières entre l’humain et l’animal. Ses créatures flirtent avec le monstrueux et le fantastique, mais elles sont aussi des refuges : un monde imaginaire où l’on se sent accueilli·x·e, à distance des violences d’un réel trop normatif.

Chez Esteban Chanez, les bêtes ne sont jamais accessoires : elles sont des partenaires, des témoins, des miroirs. Faire renaître ces bêtes à travers la terre, c’est dialoguer avec les anciens bestiaires, interroger notre manière de classer, de dominer et de marginaliser le vivant. Mais ici, les bêtes résistent : elles se métamorphosent, chantent, s’embrassent et deviennent le cœur d’un monde où l’imaginaire reprend ses droits.

Sylvain Gelewski

Exposition visible du 13 septembre au 3 octobre tous les jeudis de 14h à 18h et le samedi 20 septembre de 14h à 18h ou sur rendez-vous: contact@legraincreation.ch

Esteban Chanez

Esteban Chanez vit et travaille à Genève. Artiste et tatoueur, il développe une pratique qui mêle sculpture, dessin et installation, inspirée par les mondes surréalistes des rêves, des souvenirs et des récits mythologiques. Ses œuvres prennent la forme de chimères et de figures hybrides, nourries par le folklore, les légendes et la mémoire familiale. En jouant avec les volumes, les textures et les matériaux, il interroge nos représentations du vivant et brouille les frontières entre l’humain, l’animal et le fantastique. Ses pièces, à la fois poétiques et mystérieuses, constituent les fragments d’un bestiaire contemporain où se rencontrent imaginaire et matérialité.

Insta @esteban.chnz

Performance de Saeira 

Performance le 12 septembre à 19h

Artiste franco-portugaise, Saeira travaille entre musique, corps et performance. Son univers sensoriel et brut explore le trouble, la transe et les distorsions du féminin. Entre nappes électroniques sombres, voix murmurées et danse habitée, elle développe une pratique où son et mouvement se confondent pour créer des expériences à la fois intimes et collectives.

Insta @saeira30